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- SOUNDPIECE: 23 min
volume 16 | Naná Vasconcelos | soundpiece
by Vincent Moon
Le maitre joueur
Lorsque Naná comprit que l'on avait réussi a convaincre Ney Matogrosso de faire un film sans argent, sans signer de contrats et pour une diffusion sur internet, il hurla de surprise. 'Mais qui es-tu? Jésus?' s'amusa t'il dans son doux français chantant. Il fallut plusieurs échanges téléphoniques pour qu'enfin la bête lâche et donne un rendez-vous, précis et ponctuel. Il n'aura que deux heures, précise t'il.
Il avait passé du temps à Paris dans les années 70, il y avait enregistré son premier album, produit par Pierre Barouh. Puis sa carrière avait croisé la route de musiciens légendaires, auxquels il sut apporter sa science du rythme absolu, sa virtuosité aux percussions et sa constante créativité, en recherches de nouveaux territoires à défricher. Son dernier album en date se composait d'ailleurs comme une rencontre entre symphonie de batucadas et variations aquatiques.
Naná vit à Recife, sa ville natale. La ville brésilienne la plus étrange que l'on connaisse, peu aimable et plus mal foutue pour ce qui est de son espace urbain. Le vieux centre a son charme mais il n'est pas au centre, on passe son temps sur des routes encombrées et peu de quartiers ont de figures, tout rapidement s'emmêle et le gris semble prédominer. Il faut du temps pour prendre la ville, et la semaine qu'on y passe est bien peu.
Alors c'est Naná qui décida du lieu de tournage, un vieil espace d'abattoirs transformés en centre culturel étendu. On y tient hommage sur presque chaque mur à l'enfant chéri de la ville, Chico Science, le charismatique leader des Naçaos Zumbis et ambassadeur mondial du Mangue Bit qui donna à la ville sa réputation musicale au tournant des années 90. Il a disparu voilà près de 15 ans après seulement deux albums cultes.
Le tournage du film est un peu expédié, Naná semble avoir autre chose à faire. On le force à rester plus longtemps, à tenter une dernière prise avec des danseuses en répétition, il rechigne et finalement donne encore un peu de sa magie. On ne rencontre que rarement des musiciens aussi doués que lui et il le sait. Il s'amuse de vous avec une facilité folle, rit comme un gamin des tours qu'il vous joue, et vous fait bien sentir qu'il ne donne que la moitié de l'étendu de son génie. Ça a de quoi frustrer, mais on ne peut que s'incliner: c'est le maitre brésilien qui parle de tout son corps.
Il avait passé du temps à Paris dans les années 70, il y avait enregistré son premier album, produit par Pierre Barouh. Puis sa carrière avait croisé la route de musiciens légendaires, auxquels il sut apporter sa science du rythme absolu, sa virtuosité aux percussions et sa constante créativité, en recherches de nouveaux territoires à défricher. Son dernier album en date se composait d'ailleurs comme une rencontre entre symphonie de batucadas et variations aquatiques.
Naná vit à Recife, sa ville natale. La ville brésilienne la plus étrange que l'on connaisse, peu aimable et plus mal foutue pour ce qui est de son espace urbain. Le vieux centre a son charme mais il n'est pas au centre, on passe son temps sur des routes encombrées et peu de quartiers ont de figures, tout rapidement s'emmêle et le gris semble prédominer. Il faut du temps pour prendre la ville, et la semaine qu'on y passe est bien peu.
Alors c'est Naná qui décida du lieu de tournage, un vieil espace d'abattoirs transformés en centre culturel étendu. On y tient hommage sur presque chaque mur à l'enfant chéri de la ville, Chico Science, le charismatique leader des Naçaos Zumbis et ambassadeur mondial du Mangue Bit qui donna à la ville sa réputation musicale au tournant des années 90. Il a disparu voilà près de 15 ans après seulement deux albums cultes.
Le tournage du film est un peu expédié, Naná semble avoir autre chose à faire. On le force à rester plus longtemps, à tenter une dernière prise avec des danseuses en répétition, il rechigne et finalement donne encore un peu de sa magie. On ne rencontre que rarement des musiciens aussi doués que lui et il le sait. Il s'amuse de vous avec une facilité folle, rit comme un gamin des tours qu'il vous joue, et vous fait bien sentir qu'il ne donne que la moitié de l'étendu de son génie. Ça a de quoi frustrer, mais on ne peut que s'incliner: c'est le maitre brésilien qui parle de tout son corps.
BIO
1944 _ naissance de Juvenal de Holanda Vasconcelos à Recife, Brésil
années 60 _ se spécialise dans la pratique du berimbau
1968 _ déménage à Rio de Janeiro pour collaborer avec Miton Nascimento
1970 _ Gato Barbieri le découvre et l'emmène en tournée européenne
1971 _ premier album, 'Africa Deus', produit à Paris par Pierre Barouh
1972 _ second album, 'Amazonas'. produit de retour au Brésil
1974 _ compose la musique de 'Les Naufragés de l'ile de la Tortue' de Jacques Rozier
années 70 _ collaboration musicale continue avec Egberto Gismonti
1979 _ déménage à New York et fonde le groupe Codona avec Don Cherry et Colin Walcott
années 80 _ nombreuses collaborations avec Pat Metheny, Jan Garbarek, Arto Lindsay, Talking Heads, Paul Simon, BB King…
2011 _ dernier album en date, 'Sinfonia & Batuques'
années 60 _ se spécialise dans la pratique du berimbau
1968 _ déménage à Rio de Janeiro pour collaborer avec Miton Nascimento
1970 _ Gato Barbieri le découvre et l'emmène en tournée européenne
1971 _ premier album, 'Africa Deus', produit à Paris par Pierre Barouh
1972 _ second album, 'Amazonas'. produit de retour au Brésil
1974 _ compose la musique de 'Les Naufragés de l'ile de la Tortue' de Jacques Rozier
années 70 _ collaboration musicale continue avec Egberto Gismonti
1979 _ déménage à New York et fonde le groupe Codona avec Don Cherry et Colin Walcott
années 80 _ nombreuses collaborations avec Pat Metheny, Jan Garbarek, Arto Lindsay, Talking Heads, Paul Simon, BB King…
2011 _ dernier album en date, 'Sinfonia & Batuques'


















